pancartes féministes

La lutte contre l’intégrisme plus nécessaire que jamais

Publié le 25 septembre 2021

Il n’aura pas fallu un mois pour que les nouveaux maîtres de l’Afghanistan donnent leur pleine mesure.
Certains ont essayé de nous faire croire que la nouvelle génération de talibans était plus fréquentable que l’ancienne. Ils n’y parviendront pas.
Comment imaginer qu’ils aient évolué vers plus de respect des droits humains en continuant à se référer à une charia du Moyen Age, d’avant toute loi civile et d’essence prétendument divine.

La seule chose qui ait changé, c’est la maîtrise d’outils numériques qui n’existaient pas au Moyen Age, ni même il y a vingt ans et amplifient une communication plus mystificatrice que jamais.
Le réel nous donne tous les jours des preuves du contraire et de la vision rigoriste de la société qu’ils sont en train d’imposer. Leur conception du monde séparé en femmes dignes de rien et hommes puissants en tout, est intacte.
Un gouvernement sans femmes, même comme alibi, en atteste.
La liste des mesures réglementaires imposées, ignominies et exactions est déjà longue : port de l’abaya et de la burqa obligatoire, noire jusqu’au bout des ongles invisibles, installation de rideaux de la honte dans les salles de classes universitaires pour empêcher toute mixité, effacement de fresques de l’espace public comportant des visages d’hommes mais surtout de femmes, emprisonnements pour faits de manifestations et protestations, coups de fouet et mutilations pour actes de résistance à l’ordre noir du pouvoir, recensement de fillettes et de femmes en état de procréer pour que leur ventre alimente la fabrique des guerriers, obligation de ne sortir dans l’espace public qu’accompagnée d‘un homme de la famille etc.

Dans ces conditions comment les femmes vont-elles pouvoir continuer de travailler et les fillettes d’aller à l’école ? Et ne serait-ce que d’un point de vue pragmatique, ce pays déjà aux portes de la famine va se priver de toute l’intelligence et de toute l’activité économique générée par les femmes et leur capacité à créer des richesses.
Pour éviter la catastrophe humanitaire annoncée d’ici la fin du mois, le 13 septembre, l’ONU a appelé la communauté internationale à verser un milliard de dollars à l’Afghanistan.
Comme de nombreuses observatrices depuis des mois, nous savions que le départ des troupes américaines (décidé par D.Trump et confirmé par Jo Biden), remparts des fragiles avancées des droits des femmes dans un pays de toute façon très patriarcal, ouvrirait les vannes de la barbarie et aboutirait à une catastrophe pour les Afghanes.
Les témoignages affluent par milliers.

Depuis notre création en 1995, lors de la décennie noire en Algérie, nous ne cessons d’alerter pour là-bas et ailleurs, comme ici en France, sur l’intégrisme à l’œuvre, toujours, toujours mortifère pour les femmes.
Et notre combat n’a hélas jamais été obsolète et est plus nécessaire que jamais.
Parce que les femmes et les enfants représentent aujourd’hui 80 % des départs vers l’exil, nous demandons :

-l’accueil inconditionnel de toutes les femmes avec leurs fillettes, menacées et condamnées à se terrer, à s’emmurer vivantes, comme les activistes féministes, juristes, artistes, enseignantes, journalistes…
Des dizaines de familles françaises se disent prêtes à ces accueils.

-une aide de l’État en réponse à l’ONU, conditionnée au respect des droits des 17 millions de femmes afghanes, et à leur liberté de penser, d’agir et de créer. Sans reconnaissance du régime afghan.

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui redoutent les mois à venir pour ce pays, à soutenir les multiples pétitions, manifestations et toutes initiatives utiles, émanant de nombreuses associations de défense en exil comme en particulier : www.negar-afghanwomen.org

Et nous vous appelons à rejoindre Femmes contre les intégrismes pour l’égalité, la liberté, la mixité et la laïcité. Plus que jamais.

Là-bas les femmes se révoltent, certains garçons choisissent de ne pas aller à l’école tant que leur sœur n’est pas autorisée à y aller. On ne peut que saluer leur courage pour continuer à exister de toutes leurs forces.