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30 ans de luttes féministes et maintenant ? Femmes syriennes, quelles libertés ? 8 mars 2025 "Solidarité avec les Afghanes" 2024 Archives

Femmes syriennes, quelles libertés ?

Retour sur la table ronde du 14 décembre au Fort de Vaise

La magnifique salle haute du Fort de Vaise à Lyon a résonné des témoignages de femmes artistes syriennes exilées ainsi que de femmes françaises du monde de la culture et de la recherche. Un public de plus de 70 personnes a assisté à cet événement consacré aux femmes syriennes, dans le cadre du cycle “Libres de corps et d'esprit” qui avait mis en lumière les femmes Afghanes en 2024 et les femmes Iraniennes en 2023. 

Noura Ghazi, avocate

Rania Kerbaj, peintre et poétesse

Christine Delpal, photographe reporter

Hala Rajab, scénariste, cinéaste, comédienne

Marie-Martine Chambard, Co-Présidente FCI

Sylvia Chiffoleau, historienne

 

La table ronde s’est déroulée exactement un an après la prise du pouvoir par un ancien combattant de Daech Ahmed al-Charaa, et après dix ans de guerre civile contre la présidence sanguinaire de Bachar el-Assad. Il nous a donc paru important d'ouvrir le débat et de faire circuler de l'information sur ce moment historique et ce point de bascule vers une nouvelle ère. Avec tous les risques de régression pour les femmes venant s'ajouter à une société déjà très patriarcale, discriminatoire et sexiste. 

Après une contextualisation historique exposée par Sylvia Chiffoleau, directrice de recherche au CNRS, rattachée au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA) de Lyon, dans une ambiance multilingue avec des échanges en français, anglais et arabe, les invitées ont partagé leurs parcours respectifs et leurs analyses de la situation actuelle en Syrie, notamment à l’égard des droits des femmes.

L’avocate Noura Ghazi a retracé sa vie marquée par la répression depuis son enfance, son père ayant été victime de tortures et de disparition forcée. A 13 ans elle décide de devenir avocate spécialisée en droits humains, elle le devient en 2004, elle est la plus jeune de Syrie.  Noura Ghazi fait ensuite partie des activistes non violents de la Révolution, les années 2012-2015 sont “les moments les plus intenses et dangereux” de sa vie, souligne-t-elle. Elle rencontre son futur mari lors d’une manifestation, plus tard l’homme est porté disparu. Elle réussit à lui rendre visite en prison, représentant son seul lien extérieur. L’avocate mène une campagne pour la libération de son conjoint qui est ensuite arrêté de nouveau et condamné à mort. Contrainte de se réfugier au Liban en 2018, Noura Ghazi se consacre au sujet des disparitions forcées en dirigeant ‘No Photo Zone’, une ONG qui fournit une assistance juridique, du soutien psychologique et social aux familles de détenus et de personnes portées disparues en Syrie. Plus de 300 victimes et familles réfugiées en France sont soutenues. Elle partage son inquiétude face à la situation actuelle car des anciens auteurs de crimes sont maintenant au pouvoir : elle alerte sur la destruction des preuves des crimes du régime, sur de nouvelles formes d’autoritarisme, sur les restrictions aux libertés individuelles, les massacres sur la côte syrienne, la corruption, les violences sexuelles. Elle pointe aussi le silence de la communauté internationale. Le travail à effectuer est plus vaste qu’avant, dit-elle, car il faut identifier les victimes, poursuivre les auteurs de violences, réhabiliter les victimes de torture, sensibiliser l’opinion publique aux violations de droits humains. “De nombreuses femmes vivent dans la peur, surtout celles issues des minorités”, affirme-t-elle. De plus, des cyber activistes femmes subissent des attaques en ligne visant à dégrader leur image. Cette régression concerne aussi le monde de la culture : “avant il y a avait une tradition de diversité, on a l'impression que maintenant ils veulent unifier la culture”, affirme-t-elle en relatant les restrictions d’utilisation de modèles nus mises en place dans les universités des Beaux-Arts ou l'interdiction de se toucher dans les instituts d’Art Dramatique.

 

La répression du régime d’Assad a marqué la vie de Hala Rajab également : son père, militant communiste est emprisonné pour avoir affirmé que le régime ne protégeait pas les minorités. Il meurt en détention. “Mon père était un homme féministe, avant-gardiste, il voulait qu’on fasse des études, il ne voulait pas nous transmettre ses valeurs à lui, mais il voulait qu’on soit indépendantes”, raconte-t-elle. En 2015, après avoir refusé avec sa sœur de témoigner à la télé que son père est décédé de mort naturelle, elle quitte la Syrie. A Lyon elle étudie à la Ciné Fabrique et devient scénariste, cinéaste et comédienne. Elle réalise des courts métrages dont ‘Quelque chose en moi’ en 2020, produit en partenariat avec La Quinzaine en Actions, l’association Parcours de Femme, la CinéFabrique et la maternité de l’hôpital de la Croix-Rousse. Actuellement elle prépare le projet ‘Les pas perdus’, un road movie à la rencontre d’autres exilés en Europe dans un contexte de montée des positions xénophobes.

“Dans des sociétés patriarcales et autoritaires comme la Syrie, la liberté des femmes est un chemin difficile. Même si beaucoup de femmes syriennes ont suivi ce chemin et ont réussi, je pense que la société syrienne reste enfermée dans une mentalité qui considère la femme comme inférieure et la méprise. » C’est le témoignage de Rania Kerbaj, peintre et poétesse syrienne. Selon elle, la révolution avait produit une nouvelle prise de conscience des femmes, mais aujourd’hui il existe une forte volonté de transformer la Syrie en État religieux. Issue de l’Académie des Beaux-Arts d’Alep, ville dotée d’une tradition iconographique riche, son intérêt pour l’iconographie, ainsi que sa passion pour la mythologie syrienne, ont créé un mélange qui a donné naissance à son style et à sa singularité. Ses peintures se caractérisent par un style figuratif, mais c’est une figuration qui tend vers l’expressionnisme et parfois vers le surréalisme.

À travers ses poèmes Rania Kerbaj essaie de comprendre la douleur et la transformer en sens.

Christine Delpal, photographe reporter, a rappelé le visage multiculturel d’Alep des années ‘80 qu’elle a décrit dans ses nombreux reportages. Aujourd'hui, elle dirige l’entreprise Karawan Authentic, visant à soutenir les savoir-faire artisanaux d’Orient et à participer au développement local. Ses produits ont été mis en vente lors de la soirée.

Autour d’un thé et de pâtisseries orientales, le public a pu également admirer les œuvres de Rania Kerbaj, exposées dans les chaleureuses salles voutées attenantes ainsi que les photographies d’Alep de Christine Delpal, affichées dans la salle de la conférence. 

FCI est une association féministe reconnue d'utilité publique qui promeut l’égalité, la mixité et la laïcité, toutes trois garantes de la démocratie et du vivre ensemble.

FCI dénonce tous les intégrismes, religieux, culturels et politiques, et leurs entraves aux droits des femmes. Au fil des temps, FCI a élargi la notion d’intégrisme. En effet, si l’on se réfère à la définition (dictionnaire Le Robert par exemple), l’intégrisme est l’attitude qui consiste à refuser toute évolution d'une doctrine (spécialement d'une religion). Évidemment FCI dénonce les intégrismes religieux (toute religion quelle qu’elle soit) mais nous étendons cette définition d’intégrisme au culturel et politique. En dénonçant par exemple les pratiques perpétrées par respect à de prétendues traditions (par exemple l’excision, les mariages forcés,) ou en dénonçant les formes exacerbées du patriarcat (viols, violences faites aux femmes, limitation d’accès à l’IVG….).

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